HINKEMANN

d’Ernst Toller
traduit par Huguette et René Radrizzani

« La guerre avait fait de moi un ennemi de la guerre, j’avais compris qu’elle est le destin tragique de l’Europe, la peste de l’humanité, la honte de notre siècle. »

Ernst Toller

Le soldat Hinkemann revient de guerre, mutilé. Toujours amoureux de sa femme, « sa petite Grete », il veut trouver du travail et mener une vie simple et honnête. Hinkemann, épuisé, accepte de travailler pour un forain sans scrupules. Il s’exhibe dans les baraques foraines égorgeant, avec ses dents, des souris et des rats, afin d’amuser et de distraire la foule qui veut, à tout prix, oublier la guerre. Il cache au monde sa blessure jusqu’au jour où sa femme se laisse séduire par son prétendu ami, Grosshahn…

 

Christine Letailleur a souhaité faire entendre, avec Hinkemann, une œuvre peu connue d’un poète qui fut pleinement engagé, Ernst Toller : « par-delà la curiosité historique et sociologique d’une époque donnée, celle de l’après Première Guerre mondiale en Allemagne, l’œuvre suscite un intérêt philosophique quant à la question du bonheur. Si la pièce dénonce la guerre, l’antisémitisme, l’exploitation des classes populaires, l’esclavage de l’homme par la machine, la soumission de la femme à une société patriarcale… elle est aussi et avant tout une pièce sur le désir et l’amour ».

« Je pense à ma première jeunesse, à la douleur de l’enfant que les autres gosses traitaient de juif-, […] à l’affreuse joie que j’éprouvais lorsque je n’étais pas reconnu comme juif, aux jours du début de la guerre et à mon désir passionné de prouver en risquant ma vie que j’étais Allemand et rien qu’Allemand. J’avais écrit du front au tribunal pour demander que l’on me raye des listes de la communauté juive. […] Est-ce que je n’aime pas ce pays, est-ce que je n’ai pas éprouvé, au milieu du riche paysage méditerranéen, la nostalgie des maigres forêts de pins sablonneuses, de la beauté des lacs sereins et secrets du Nord de L’Allemagne ?
Les vers de Goethe et d’Hölderlin que je lisais, enfant éveillé, ne m’ont-ils pas ému, suscitant en moi un sentiment de gratitude ? La langue allemande n’est-elle pas ma langue, celle dans laquelle je sens et pense, parle et agis, n’est-elle pas une partie de mon être […] Mais ne suis-je pas aussi Juif ? Ne suis-je pas un membre de ce peuple persécuté, chassé, martyrisé et assassiné depuis des siècles. […] Suis-je pour autant un étranger en Allemagne ? Si quelqu’un me demandait dis-moi où sont les racines allemandes en toi et où sont les juives, je resterais muet.
Dans tous les pays, lèvent la tête et s’agitent un nationalisme fait d’aveuglement et un ridicule orgueil racial, dois-je prendre part à la folie de ce temps. Au patriotisme de cette époque? Ne suis-je pas aussi socialiste parce que je crois que le socialisme surmontera la haine entre les nations, tout comme celle entre les classes ? Les mots je suis fier d’être Allemand ou je suis fier d’être Juif sont pour moi aussi stupides que si quelqu’un disait : Je suis fier d’avoir les yeux bruns. Dois-je tomber dans la folie des persécuteurs et, au lieu de la prétention allemande, faire mienne la juive ? L’orgeuil et l’amour ne sont pas la même chose et si l’on me demandait de quel côté je suis, je répondrais : une mère allemande ma mis au monde, l’Allemagne m’a nourri, l’Europe m‘a élevé – la terre est mon foyer, le monde est ma patrie. » Ernst Toller in Une Jeunesse en Allemagne

 Stanislas Nordey a obtenu le Baumarchais 2015 du meilleur comédien pour son interprétation d’Hinkemann.

Ce spectacle a été créé au Théâtre National de Bretagne en 2014 et repris au Théâtre National de la Colline en 2015.

adaptation, mise en scène Christine Letailleur

avec

Stanislas Nordey

Charline Grand

Richard Sammut

Christian Esnay

Michel Demierre

Manuel Garcie-Kilian

Jonathan Genet

assistant à la mise en scène Manuel Garcie-Kilian

conception de la scénographie Christine Letailleur

scénographie Emmanuel Clolus

assistant à la scénographie Karl-Emmanuel Le Bras

son Bertrand Lechat

lumières Stéphane Colin

 

production déléguée Théâtre National de Bretagne/Rennes

coproduction Fabrik Théâtre/Compagnie Christine Letailleur ; Théâtre National de la Colline/Paris

Avec le soutien de DRAC Ile-de-France et du ministère de la Culture et de la Communication.